CONGREGATION BOUDDHISTE VAJRAYANA "KAGYU RINTCHEN TCHEU LING" > Kagyu Rintchen Tcheu Ling - Kagyu Yi-Ong Tcheu Ling

 

 

 

> Une visite exceptionnelle  à Kagyu Rintchen Tcheu Ling : 25 septembre 2000

 
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Le Dalaï Lama (dont le titre signifie « Océan de sagesse ») est considéré comme la manifestation de Tchènrézi, bodhisattva de l’amour et de la compassion. Chef temporel et spirituel de la communauté tibétaine, il compte parmi les plus grandes figures spirituelles contemporaines et demeure universellement reconnu comme un très grand maître bouddhiste. Sa maîtrise des arcanes et des complexités de la pensée bouddhique est telle qu’il fait plus qu’enseigner le Dharma : il l’incarne, le considérant non pas comme un dogme ou une religion mais comme un mode de vie dans la paix, la joie et la sagesse. La compassion a imprégné toute sa vie de moine, d’homme d’état, de défenseur des valeurs humaines, de la non-violence et de la paix dans le monde. Il a reçu le prix Nobel de la Paix en 1989.

Le 25 septembre 2000, au terme de cinq jours d’enseignements près de Lodève, Sa Sainteté s’est rendue dans notre centre de Montpellier pour y bénir le temple, en présence de Sogyal Rimpotché, de nombreux représentants en Europe de notre école, du Député-Maire de Montpellier.

 

Sa Sainteté le XIVe Dalaï Lama à Kagyu rintchen tcheu ling

 

> Allocution de Sa Sainteté

 

Lama Sonam Tshering accueille Sa Sainteté

 

 

 

L'arrivée à Kagyu rintchen tcheu ling

 

 

 

 

Bénédiction des projets (maquettes)

 

 

 

 

Une visite sous le signe de la joie...

 

 

 


Album

Sa Sainteté & le Karmapa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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« Je vous encourage à approfondir et à persévérer dans ces deux aspects de l’étude et de la contemplation »....


« Je suis très heureux de venir en ce lieu qui a été bénit dès son origine par de très grands Maîtres comme Kalou Rimpotché, Sa Sainteté le Karmapa, Bokar Rimpotché et bien d’autres encore.

Je voudrais aussi remercier tous ceux qui ont œuvré pour que ce centre puisse d’abord être fondé, ensuite se développer et se maintenir, c’est-à-dire, les lamas qui résident ici, les moines, l’ensemble des disciples et des bienfaiteurs, la municipalité qui a apporté son soutien. Tout cela a permis que quelque chose de stable puisse s’établir.

Je suis heureux de voir aussi les projets que vous avez, dans le futur, de développer plus avant vos activités mais bien sûr il faut se rappeler aussi que ce qui compte véritablement, l’essence de tous ces projets, ce n’est pas tant de construire des bâtiments mais c’est ce qui donne un sens à tout cela, c’est à dire à la fois l’acquisition des connaissances par l’érudition, et l’acquisition d’un accomplissement spirituel par la pratique contemplative. C’est cela qui fait que ces centres ont une raison d’être, et donc, je vous encourage à approfondir et à persévérer dans ces deux aspects de l’étude et de la contemplation.

Également, comme on nous l’a dit ce matin à Lodève — et aussi je suis certain que c’est la même situation ici — cette région est un confluent de cultures, de religions : ont y trouve à la fois des catholiques, des protestants, des musulmans, et bien sûr maintenant , quelques représentant du bouddhisme… Je pense que cette possibilité d’échange offerte par une telle réunion ne peut qu’enrichir notre culture et aider à une compréhension mutuelle entre les valeurs représentées par ces différents courant spirituels.

Comme vous le savez, plusieurs grandes traditions spirituelles se sont développées au Tibet même, principalement des ordres qui appartiennent à l’ancienne école de traduction puis à la nouvelle école de traduction (dont fait partie votre lignée, la Lignée Kagyupa) et particulièrement aussi grâce à la présence de Kalou Rimpotché qui mettait l’accent sur la préservation au sein de l’école Kagyupa de la tradition Shangpa Kagyu. Vous avez tenu a maintenir cette tradition de votre Maître et il est donc important que vous continuiez à le faire de façon authentique et en restant fidèle à cette tradition.

Quand on parle des enseignements du Bouddha et du dharma, il y a toujours ces deux aspects : celui de la transmission par les écritures, et celui de la réalisation par la pratique spirituelle ; il est essentiel que ces deux soient unis et je me réjouis donc beaucoup de voir que vous avez ce projet de faire un centre de retraite — un centre contemplatif — qui, allié à l’étude qui pourra être conduite ici, permettra effectivement cette union entre l’étude et l’accomplissement intérieur. »

« Y-a-t-il autre chose ?… » [Sa Sainteté rit. Le Vénérable Lama Karta mentionne à Sa Sainteté le nom de l’artiste qui a réalisé les fresques du temple, Lama Tempa Rabgyé. Sa Sainteté ajoute que, pendant qu’il parlait, il regardait ces fresques représentant Gampopa, Marpa et Milarépa et que Marpa avait l’air extrêmement sévère : il fallait donc faire attention à bien nous conduire ! ].

« Tout le monde sait que Marpa a infligé de nombreuses épreuves à son disciple Milarépa au cours de son instruction spirituelle et donc effectivement … il n’ a pas l’air commode ! »

[Sa Sainteté s’adresse ensuite à l’assemblée présente dans le temple et demande qui a fait la retraite de trois ans et quelles sont les personnes qui ont rencontré et reçu les enseignements de Kyabjé Kalou Rimpotché.]

« La jeune incarnation de Kalou Rimpotché a l’air très vive et intelligente. Il en est de même pour l’incarnation de Kyentsé Rimpotché, c’est un esprit très vif. Il y a continuité et… les générations changent. C’est cette continuité qui permet de perpétuer les enseignements du bouddhisme. Cela fait maintenant 2500 ans que le Bouddha est passé dans le nirvana, il y a eu un si grand nombre de générations humaines depuis, et pourtant, l’ensemble de ces deux aspects de l’enseignement, celui de la transmission par les écritures ainsi que l’aspect de la réalisation, se sont maintenus jusqu’à nos jours. Qu’il y ait des collèges philosophiques ou des centres contemplatifs de retraite, l’important est de maintenir l’authenticité et la stabilité de ces deux aspects de l’enseignement. S’il y a une stabilité dans cette façon de procéder, les générations anciennes disparaissent, les nouvelles générations viennent, mais l’authenticité de l’enseignement peut se perpétuer. »

[Poursuivant sur le ton de la conversation, Sa Sainteté s’adresse aux lamas puis au Député-Maire de Montpellier — M. Georges Frêche — en souhaitant connaître les pourcentages des diverses confessions religieuses de la ville. Avant de quitter le temple, Sa Sainteté propose de répondre à quelques questions, n’ayant pu le faire sur le site de Lérab-Gar au Caylar. Matthieu Ricard lui rapporte quelques thèmes recueillis auprès de la Sangha.]

· La première question porte sur la relation Maître à disciple.

« Cette relation est semblable à celle d’un parent avec son enfant. De la part du disciple, elle implique une certaine confiance semblable à celle de l’enfant pour ses parents, de la part du Maître, une immense responsabilité à l’égard de celui dont il s’occupe, une responsabilité qui peut être prolongée de vie en vie ainsi qu’un altruisme à toute épreuve.

Mais comment savoir si le Maître est un Maître qualifié et authentique ? Comme nous en avons parlé lors des enseignements, il existe bien sûr toutes sortes de descriptions dans les sutras qui expliquent ce qu’est un Maître qualifié, mais, on dit aussi, que même s’il est difficile de juger ce qui se passe dans l’esprit du Maître, on peut voir sur un certain laps de temps et se rendre compte si un Maître est vraiment authentique par sa conduite. On peut prendre l’exemple des poissons : il est difficile de les voir dans l’étang, mais de temps en temps il sautent et révèlent à ce moment leur forme , leur aspect. Il en est de même avec le Maître, qui, au fil du temps, révèlera par certains aspects s’il est authentique, juste, sincère, s’il a les qualités tout d’abord du point de vue de l’érudition, et aussi du point de vue d’une vraie réalisation spirituelle. C’est pour cela qu’il ne faut pas se hâter et faire un choix précipité, mais seulement étudier et se confier à un Maître lorsqu’on est certain qu’il a toutes ces qualités authentiques. »

· Il ne suffit pas de cultiver toujours une pensée altruiste. Comment faire pour apporter de véritables bienfaits ?

« Sur le point de vue de l’action, le métier, la carrière que l’on choisi permet plus ou moins de mettre en action une pensée altruiste. Il y a des professions qui viennent immédiatement à l’esprit, comme celle d’enseignant qui permet à autrui d’acquérir des connaissances, comme toutes les professions de la santé, puisque l’on soulage immédiatement des douleurs et des souffrances, il y a aussi tout le travail social qui peu à peu permet une amélioration du bien être et du sort de ceux qui nous entourent. On peut donc certainement, non seulement développer cet esprit altruiste mais le mettre en œuvre au fil de nos activités quotidiennes.

Ce n’est pas seulement l’activité ou le métier que nous choisissons mais aussi une attitude de tous les jours qu’il faut appliquer au plus petites choses, par exemple, éviter de tuer les insectes, ou bien au sein de notre famille, toujours avoir une attitude positive, altruiste, montrer de la chaleur humaine, être prêt à aider quand le besoin s’en présente (cela ne veut pas dire qu’il faut toujours se mêler des affaires du voisin ou intervenir à droite, à gauche, aveuglément), avoir cette disponibilité pour apporter spontanément de l’aide en cas de besoin, lorsque des gens se trouvent dans la difficulté, aller spontanément au devant d’eux et voir si d’une façon ou d’une autre ont peut soulager leurs difficultés. Il s’agit d’une question d’attitude, de disponibilité qui doit être présente à chaque moment de notre existence.

Un autre aspect de l’altruisme, c’est celui qui par notre ouverture d’esprit évite finalement que nous soyons une cause de trouble dans la société. Il est certain que tout le monde ne peut pas être d’accord sur tous les sujets ; les gens ont des centres d’intérêts différents, des aspirations différentes, et aussi des façons de vivre différentes. Il s’agit donc de ne pas toujours vouloir imposer ce qui vous semble préférable ou ce qui consiste en votre manière de voir les choses, votre manière d’agir, de telle sorte que vous créez plus de troubles que de bienfaits. Il est préférable de savoir plutôt comprendre, respecter ces aspirations diverses de sorte que nous ne soyons pas une personne qui, finalement, cause du trouble. Voilà donc une autre facette de l’altruisme que cette ouverture de l’esprit et cette acceptation des aspirations d’autrui.

· Au sujet des phénomènes de nature illusoire semblables à des rêves : quand on est confronté à une violence qui se produit sous nos yeux, par exemple , des enfants qui se font tuer, des faits de guerre ou des conflits, il est difficile de penser que cela est semblable à une illusion…

« Il faut considérer différents aspects des choses. Lorsque l’on dit que les phénomènes sont semblables à une illusion, cela ne nie absolument pas que ce qui se passe en nous ait des effets extrêmement destructeurs ou positifs selon les cas. Au lieu de s’en désintéresser ou les voir à distance, il faut être au contraire pleinement motivé pour soulager la souffrance par tous les moyens possibles. Il y a une différence entre la façon dont les choses nous apparaissent et ce qu’elles sont. Lorsque l’on voit des choses dans un rêve par exemple, même si nous sommes pris un certain temps par ce rêve, ce n’est cependant pas réel. De la même façon, lorsque nous voyons le monde extérieur, certes, il est source de grandes souffrances ou de grands bonheurs selon le cas, mais si nous analysons le fond des choses, il est dénué d’existence intrinsèque : c’est pour cela que l’on parle de la nature illusoire des phénomènes. Cela ne veut pas dire que les objets, les personnes avec qui nous sommes en contact sont des illusions. C’est simplement que leur nature ultime n’est pas telle qu’il nous apparaît et cela ne diminue nullement notre compassion et la façon dont nous pouvons être concernés par les souffrances que nous observons dans la réalité. Enfin, si on comprend que la notion de vacuité est équivalente à la notion d’interdépendance — c’est-à-dire que les phénomènes sont vides d’existence indépendante — c’est la vacuité qui permet que les phénomènes surgissent et se transforment en d’infinies façons (… ) et c’est pour cela que s’établissent les mécanismes que le monde peut percevoir. »

[traduction : Vénérable Matthieu Ricard- 25/09/2000]